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APERCU
SUR L’ETAT
Avec stupeur, le monde entier vient d’être confronté à une catastrophe culturelle d’une ampleur depuis longtemps inégalée : la destruction irrémédiable d’une partie substantielle du patrimoine culturel irakien. La question du pillage des musées irakiens, du vol ou de la destruction de leurs collections, a fait l’objet d’une réunion spécifique à l’UNESCO le jeudi 17 avril, à laquelle de nombreux archéologues spécialistes de l’antique Mésopotamie ou de l’Irak islamique ont participé. Si les circonstances exactes dans lesquelles se sont produits les événements restent peu claires, le bilan des pertes peut-être dressé avec une précision toute relative, mais tout de même assez grande. Le travail d’évaluation, de recherche et, le cas échéant, de recouvrement, en sera d’autant facilité. Par contre, les dommages qui ont affecté les bibliothèques irakiennes sont mal connus, bien que les pertes soient tout aussi irrémédiables et leur valeur tout autant inestimable. On peut dire ici que c’est toute une partie, très importante, de la mémoire d’un peuple, d’un état, d’une société, qui a été volée. Ce qui suit est une tentative d’évaluation, faite en fonction d’informations dont je dispose au moment présent, principalement du fait d’une expérience de six mois (novembre 2002-avril 2003) de recherches effectuées dans les bibliothèques irakiennes, à Bagdad principalement. Des conversations avec des amis irakiens m’ont également beaucoup aidé. Je donnerai enfin une liste de contacts avec les noms de personnes susceptibles de fournir d’autres informations, ou de compléter celles dont je dispose. Il y a en Irak trois types de bibliothèques : les bibliothèques publiques (universitaires, académiques ou ministérielles), semi-privées (de fondations religieuses notamment, comme la bibliothèque de la Qadiriyya ou la bibliothèque de l’imam Ali à Najaf) et les bibliothèques entièrement privées (familiales). Il y a ensuite les bibliothèques qui ne contiennent que des imprimés (à l’instar de la Bibliothèque nationale, bibliothèque du musée, etc.), les bibliothèques dont le fonds est exclusivement constitué de manuscrits (Bibliothèque Saddam des manuscrits), les bibliothèques mixtes (Bibliothèque des awqaf, Qadiriyya, etc.), ce à quoi il faut ajouter les dépôts d’archives, dont je traiterai à part. La richesse des bibliothèques irakiennes est double. Tout d’abord, il y a en Irak un nombre tout à fait extraordinaire (au moins plus d’une centaine de milliers) de manuscrits anciens, en langue arabe principalement, mais également en persan, turc, assyrien, chaldéen, mandéen, hébreux, etc... Ensuite, du fait que la production éditoriale irakienne n’a, depuis l’origine, que très peu été exporté en dehors des frontières du pays, on y trouve des ouvrages qu’il est extrêmement difficile, et dans certains cas impossible, de trouver ailleurs. Enfin, il faut dire que, jusqu’au début des années mille neuf cent quatre-vingt-dix, le patrimoine culturel irakien, tout au moins en ce qui concerne les archives, les imprimés et les manuscrits, a non seulement été relativement bien protégé par les différents régimes qui ont successivement détenu le contrôle du pouvoir, mais qu’encore, et notamment à la faveur de la croissance permise par le boom pétrolier dans les années soixante et soixante-dix, ce patrimoine a été mis en valeur avec un certain degré de réussite (à travers des institutions comme l’Académie irakienne des sciences, la Bibliothèque Saddam des manuscrits ou Bayt al-Hikma, ou encore de périodiques comme Al-Mawrid, Al-Turath al-chaabi, la Revue de l’Académie des sciences, Sumer, etc…). La situation a commencé à se dégrader avec la guerre du Koweit, en 1991. L’invasion du Koweit par les troupes irakiennes à donner lieu à un pillage des institutions culturelles koweitiennes. La guerre elle-même, la révolte des provinces irakiennes qui lui a fait suite et qui a été écrasée dans un bain de sang, ainsi que l’embargo imposé au pays depuis août 1990 ont eu des effets extrêmement destructeurs. Les combats, la confusion sociale et la répression qui ont marqué le premier semestre de l’année 1991 ont donné lieu à une première vague de saccages, pillages, vols et destructions qui ont affecté principalement le Nord (Kirkouk, Irbil, Soulaymaniyyeh, Dohouk) et le Sud du pays (Basra - qui avait déjà très fortement souffert de sa proximité du front lors de la guerre contre l’Iran -, Nasiriyya, Hilla, Najaf et Kerbala). Du fait de l’aggravation dramatique des conditions matérielles de vie et de la corruption que cet état de fait a engendrée dans un pays où celle-ci était auparavant extrêmement réduite, les douze ans d’embargo qui ont suivi ont vu se développer, parallèlement au trafics d’antiquités, des trafics de livres rares et de manuscrits anciens, le plus souvent exportés hors du pays. A côté de la demande internationale « normale » pour ce type d’objets (à destination de l’Amérique du Nord, de l’Europe ou des pays arabes), la présence à Bagdad, dans le cadre des différents programmes des Nations-Unies ou des représentations diplomatiques étrangères, d’une communauté relativement importante d’étrangers disposant de revenus disproportionnés qu’ils n’avaient aucune occasion de dépenser au niveau local, a pu dans certains cas provoquer ou amplifier ces trafics. Ceux-ci se tenaient dans certaines arrières boutiques du souq des livres (rue Moutannabi / souq al-Serail). C’est aussi ainsi que des réseaux organisés impliquant la complicité active de personnages influents du régime et d’employés de bibliothèques ont pu se constituer et se structurer - qui ont pu jouer un rôle dans les événements d’avril 2003. En 1991, dans le cadre de la politique de répression des régions majoritairement chiites du Sud du pays, qui s’étaient révoltées contre le régime, des bibliothèques d’institutions religieuses, à Najaf et Basra notamment, ont été sinon saccagées et détruites, du moins pillées et confisquées par les autorités gouvernementales au cours des opérations de reprise de contrôle. La destinée des ouvrages qu’elles contenaient est peu claire. Il est possible que le bureau de la présidence les ait versés dans les fonds de la Bibliothèque nationale e, pour les manuscrits à la Bibliothèque Saddam des manuscrits. Par la suite, dans les années quatre-vingt-dix, cette même bibliothèque des manuscrits, sous la responsabilité de son directeur Oussama Nasser al-Naqshabandi, s’est attribuée par confiscation les manuscrits d’un certain nombre de bibliothèques privées, sans que le destin de ces manuscrits soit toujours clair - je reviendrai sur la situation de Dâr Saddam. Pour ce qui est des dépôts d’archives, ils sont de plusieurs sortes. Je dois avouer que je ne connais pas exactement la situation dans ce domaine, ni même quel est le degré d’efficicacité de la législation spécifique régulant le dépôt et la conservation des archives. Cependant, il existait : 1/ des centres d’archives que je qualifierais d’historiques, regroupant les archives concernant l’histoire du pays depuis l’époque ottomane jusqu’à la révolution de 1968. Pour la période ottomane, que je connais tout particulièrement, le type d’archives conservées en Irak est comparable à ce qui existe dans d’autres pays. Tout d’abord, les recueils d’actes des tribunaux (sijillat mahakim), puis les muhimme defterleri (awamir sultaniyyeh : copies des ordonnances impériales), et waqfiyyat (actes notariés de fondations en main-morte, la plupart du temps au bénéfice d’établissements religieux). Pour les deux premiers types de documents, ils étaient conservés régionalement, à Baghdad (Dar al-Wathaiq), Mosoul (au musée ?) et Basra (tribunal char‘i + copie au Centre des études sur le Golfe arabe). On a également parlé, pour Bagdad, de registres du cadastre ottoman. 2/ Chaque institution ou administration, gouvernementale, ministérielle, ou du parti, quel que soit son niveau, produisait et conservait de l’archive. Il ne semble pas qu’il y ait eu avant avril 2003 de destruction systématique ou même sporadique, de manière intentionnelle, d’archives de ce type. En 1991, les troupes américaines et la rébellion kurde ont ainsi pu saisir dans les gouvernorats du nord de l’Irak une masse très importante de documents, dont j’ai cru comprendre qu’ils étaient désormais conservés aux Etats-Unis (à l’université de Harvard). Outre les problèmes structurels ou circonstanciels déjà évoqués qui ont affecté l’état des bibliothèques et centres de documentation ou d’archives irakiens au cours des dernières années, il convient de signaler également le manque général de formation des personnels en bibliothéco-économie et, à quelques exceptions près, l’état déplorable de conservation, de catalogage et d’indexation des ouvrages. C’est un gros problème dans la perspective d’une évaluation des pertes. Par
contre, il convient de rechercher de manière active si des ouvrages, et
principalement des collections de périodiques, des manuscrits ou des
archives, n’ont pas fait l’objet de copies sous quelque forme que ce
soit : photocopies papier, photo-reproduction, microfilms, CD numériques,
etc. A cet égard, l’ensemble des bibliothèques et centres de
documentation situés en dehors de l’Irak et susceptibles d’abriter
une telle documentation devrait être mobilisé - je pense en premier
lieu à l’Institut des manuscrits arabes de l’ALECSO, au Caire, mais
également à la possibilité de mobiliser les bibliothécaires spécialisés
sur le Moyen-Orient participant à la réunion du MELCOM à Beyrouth,
fin mai 2003. Il
convient également d’esquisser les lignes d’une réaction face à
ce qui s’est passé. Celle-ci peut prendre plusieurs formes qui ne
sont pas contradictoires. 1-
Faire un survey général qui permette d’esquisser un bilan des
pertes et de ce qui reste. Cela doit se faire en étroite coopération
avec les autorités académiques et scientifiques, voire religieuses
pour certaines bibliothèques, irakiennes. 2-
Exiger la mise en route d’une commission d’enquête
internationale chargée de faire toute la lumière sur les circonstances
exactes dans lesquelles de tels événements ont pu se produire et de déterminer
les responsabilités engagées. 3-
Surveiller, par la mise en place de réseaux informels et bénévoles
en plusieurs endroits sensibles, le marché des livres anciens,
d’occasion et des manuscrits, de manière à tenter de repérer des
trafics d’ouvrages pillés dans les bibliothèques irakiennes. Penser
éventuellement à faire appel à des crédits publics internationaux et
à du mécénat privé afin de créer un fond destiné à racheter d’éventuels
trésors volés en Irak.
4-
Organiser la reconstruction des bibliothèques irakiennes sur le
modèle de la bibliothèque de Sarajevo. Différentes agences de l’ONU, et tout particulièrement l’UNESCO et
l’UNDP, devraient être mobilisées dans cette perspective, et toute
initiatives ou projet émanant de personnes privées ou d’association
devraient être rendues publiques et coordonnées entre elles ainsi
qu’avec l’action des institutions internationales (ce qui ne veut
pas dire forcément un alignement sur la politique défini par
l’Office américain pour la reconstruction).
Il
convient désormais de donner ici une liste des principales bibliothèques
et centres de dépôt d’archives, en indiquant pour chacun d’eux
toute l’information disponible sur leur état présent : BAGDAD : 1-
La bibliothèque et les archives nationales (Dar al-kutub wa
al-watha’iq) : Bibliothèque
centrale à Bagdad, qui a vocation à recevoir les dépôts légaux. Je
ne connais pas sa date de fondation. Elle comporte trois sections :
les ouvrages imprimés, les périodiques, les archives nationales - de
celles-ci, je me suis surtout intéressé aux recueils des tribunaux
ottomans (sijillat mahakim) qui étaient dans un très triste état.
Mais je n’ai pas été très loin, car je ne pouvais pas les utiliser
comme une source importante pour ma recherche. Bibliothèque publique,
ouverte à tout public sous réserve de la présentation d’une pièce
d’identité. Elle était fréquenté par un nombre relativement
important de lecteurs (entre 50 et 100 par jours). Je ne saurais estimer
le nombre d’ouvrages qu’elle contenait. Visitée en mars et novembre
2001. Les fichiers et l’indexation étaient dans un état déplorable.
Certains ouvrages anciens n’étaient pas répertoriés (n’ayant
jamais fait partie des collections ?), ou avaient disparu des
rayonnages. Mais le personnel était très serviable et il était
possible de faire des photocopies des ouvrages que l’on avait réussi
à obtenir. J’y ai été introduit par Mr. Salim Abed Al-Alusi, qui en
a été le directeur général pendant plus de trente ans et a joué un
rôle essentiel dans l’organisation des archives irakiennes. A l’époque,
il venait de quitter ses fonctions mais était encore très actif. Ce
n’est qu’après le décès de son fils, en octobre 2002, qu’il a
commencé à se désengager. C’est un très vieux monsieur, très
dynamique lorsque je l’ai connu, mais désormais très malade. Je ne
sais même pas s’il est encore en vie. A l’époque où j’étais à
Bagdad, il n’avait pas été remplacé officiellement et son
successeur intérimaire (bi-l-wikala) était Mr. Kâmil Jawwâd ‘Achûr.
Thomas Lier, historien allemand, a passé quinze jours dans les archives
ottomanes en 1998. D’après
les informations dont je dispose, cette bibliothèque a été entièrement
pillée et brûlée le 14 avril 2003. Je ne sais pas cependant si une
partie des collections n’avait pas été mise à l’abri avant la
guerre - il semble que ce fut le cas, et de l’information circule sur
un dépôt d’ouvrages dans la mosquée al-haqq (dont je ne connais pas
la localisation à Bagdad). Une information sûre que je tiens de Bagdad
signale que les troupes américaines occupaient le quartier - al-Midân
/ Bâb al-Mu’azzam (sans doute étaient-elles positionnées sur le
lieu de l’ancien ministère de la défense, située juste en face de
l’entrée principale de la bibliothèque, de l’autre côté de la
rue) - et avaient décrété la veille au soir le couvre-feu pour la
nuit. Le lendemain matin, lorsque celui-ci a pris fin, les habitants du
quartier sont sortis de leurs maisons pour trouver la bibliothèque en
feu… 2-
La bibliothèque des Awqaf Sur
l’histoire de la bibliothèque, voir le livre de Abd Allah
Al-Jabbouri, qui en a été le directeur à la fin des années soixante
et au début des années soixante-dix : Maktabat al-awqâf
al-‘amma, târîkhuhâ wa nawâdir makhtûtâtihâ, Bagdad, 1969. Situé
à moins de cinq cent mètres de la Bibliothèque nationale (n° 1), la
Bibliothèque des Awqaf comporte deux sections : les imprimés et
les manuscrits. Elle rassemble entre autre tous les manuscrits autrefois
conservés dans les mosquées bagdadiennes ainsi que des ouvrages
religieux ou concernant les sciences religieuses. J’y ai travaillé
pendant un mois et demi à partir de février 2002. Il m’a fallu
auparavant obtenir l’autorisation du ministre lui-même, grâce à la
recommandation que m’avait écrite mon tuteur académique irakien. Le
personnel était très incompétent - ou démotivé - et facilement
corruptible; le soin apporté à des collections pourtant inestimables
était absolument lamentable. Je n’ai personnellement pas travaillé
à la section des imprimés, et je me suis concentré sur les manuscrits
- je n’ai aucune idée du destin de ceux-ci, ni moyen de savoir
s’ils ont pu être mis à l’abri avant la guerre. Je ne sais même
pas s’il existe des copies sur microfilms de tout ou partie des
collections. Je possède cependant le catalogue complet des manuscrits
de cette bibliothèque, en quatre volumes, édité à Bagdad par Abd
Allah al-Jabbouri en 1974, et qui en répertorie environ 7500. La
section des manuscrits était fréquentée quotidiennement par environ
5-10 chercheurs irakiens ou arabes. La
bibliothèque des Awqâf a été pillée et brûlée le même jour que
la bibliothèque nationale, dans les même circonstances. 3-
La bibliothèque de la Qadiriyya Bibliothèque
semi-privée, rattaché au complexe de la fondation d’Abd al-Qadir
al-Kilani, à Bab al-chaykh. Elle a été entièrement restaurée et
restructurée en 2001-2002 par le bureau de la présidence irakienne.
Elle comporte une très importante section de manuscrits, plus de 1400
selon le catalogue établi par Emad Abd al-Salam Raouf en cinq volumes,
Bagdad, 1974-1980. Il
semble que cette bibliothèque n’ait subit aucun dommage. 4-
La bibliothèque de l’Académie irakienne des sciences Fondée
à la fin des années quarante, l’Académie irakienne des sciences est
établie dans le quartier de Waziriyya et comporte une bibliothèque
divisée en quatre sections : les imprimés arabes, les imprimés
étrangers, les périodiques et les manuscrits. En dépit du dynamisme
de sa directrice, Mme Juwan, le fonctionnement de la bibliothèque
souffre énormément du manque total de formation du personnel en
bibliothéco-économie. Le fond bibliothécaire peut-être assez riche,
mais il est très mal indexé, et surtout les acquisitions se font de
manière très aléatoire. La section des manuscrits, qui a le plus
retenu mon attention, est pour l’essentiel composée de
photo-reproductions, depuis que les originaux ont été reversés à la
Bibliothèque Saddam des manuscrits (n° 6) dans le courant des années
quatre-vingt-dix. Le catalogue de ces manuscrits, établi par Mikhail
Awwad au début des années quatre-vingt, en dénombre 688. La bibliothèque
ne compte plus qu’une centaine de manuscrits originaux très bien
conservés, dont une liste manuscrite existe sur place. Il est très
facile pour les étudiants et chercheurs de travailler dans cette
bibliothèque, et le service de photocopie est relativement efficace.
Une cinquantaine de chercheurs y travaille chaque jour. L’Académie
des sciences a également un département de publications, avec un
catalogue tout à fait intéressant. J’ai
à l’heure actuelle peu d’informations sur l’état de
l’institution et de sa bibliothèque après la guerre. Les contacts
essentiels ici sont Ahmad Matloub, secrétaire générale de l’Académie,
et Mme Juwân ???, directrice de la bibliothèque.
5-
La bibliothèque du musée C’est
la bibliothèque attachée à l’Organisation générale des Antiquités
et des Musées, située au même emplacement que le musée national
irakien. C’est une bibliothèque très ancienne, dont la fondation
remonte aux années trente, et qui compte dans ses collections des
ouvrages extrêmement rares. Ce sont uniquement des imprimés depuis que
la section des manuscrits a été autonomisée au début des années
quatre-vingt-dix pour constituer la Bibliothèque Saddam des manuscrits
(n° 6). Il paraît cependant que le muse aurait gardé sous sa garde
directe environ 4000 manuscrits. L’accès à cette bibliothèque était
relativement libre, l’indexation correcte, et dix à quinze chercheurs
la fréquentaient chaque jour. Je
n’ai aucune information sur l’état présent de cette bibliothèque,
mais la mise à sac du musée qui lui était attenant ne laisse guère
de place à beaucoup d’espoir. Je ne connais pas le nom du responsable
de la bibliothèque, mais un bon contact est le Dr Doni George,
directeur de la recherche et des études à l’Organisation générale
des Antiquités et des Musées. [2]
6-
La bibliothèque Saddam des Manuscrits (Dar Saddam
li-l-makhtoutat) Cette
bibliothèque spécialisée dans les manuscrits est de création récente,
début des années quatre-vingt-dix, et elle a son origine dans
l’autonomisation de la section des manuscrits de la Bibliothèque du
musée. Par la suite, ses collections se sont enrichies par le recueil
des manuscrits de différentes bibliothèques publiques (celle de
l’Académie (n° 4), de l’Université de Bagdad, etc…), mais aussi
par confiscation manu-militari, et dans des circonstances peu
claires, de manuscrits conservés dans des bibliothèques privées ou
semi-privées. Officiellement, cette bibliothèque compte 40000
manuscrits, mais ses responsables me parlait à l’époque de mon séjour
de 70 000 manuscrits, et il n’est en aucune manière possible de
donner un chiffre exact. Car, outre le fait d’être hébergé dans des
locaux prestigieux mais complètement inadaptés à la fonction, le
principal problème de cette institution résidait dans le manque de
transparence de son fonctionnement. Toute
entière placée entre les mains de M. Oussama Nasser Al-Naqshabandi -
personnalité réputée à l’étranger, mais beaucoup plus controversée
en Irak même - qui la gérait de manière assez peu transparente, la
bibliothèque jouissait des attentions particulières du bureau de la présidence,
qui était à l’origine de sa création. Ce qui fait qu’elle
disposait de crédits très importants, qui ont été investit
prioritairement dans la restauration et la reproduction, sur microfilms
et CD numériques, des manuscrits. Il existe de cette manière des
duplicata pour une grande partie d’entre eux, dont on pourrait peut-être
trouver trace à l’Institut des manuscrits arabes du Caire. Mais, par
contre, il n’y a aucun système satisfaisant d’indexation et de
catalogage. Excepté le directeur et, peut-être, quelques autres employés,
personne n’est donc en mesure de savoir exactement ce que contiennent
les collections de cette bibliothèque - alors même que des ouvrages
importants semblent avoir disparus pendant les opérations de transfert
des manuscrits de leur bibliothèque d’origine à Dar Saddam. Le
personnel de la bibliothèque est relativement bien formé et compétent.
Une dizaine de lecteurs fréquentent la bibliothèque chaque jour. Il
semble que, dès le mois de janvier 2003, la bibliothèque ait été
fermée au public et les manuscrits placés dans des abris spécifiques.
Je n’ai pas entendu dire que les collections aient subi de dommages
particuliers. Il faudrait contacter sur place Oussama Al-Naqshabandi et
sa femme Zammia Al-Samarrai, qui dirige le département de la
restauration des manuscrits - croiser l’information avec celle que
peuvent fournir Zayn Al-Naqshabandi et Emad Abd al-Salam Raouf. Voir
aussi Hala Fattah, historienne qui a travaillé sur ces manuscrits à la
fin des années quatre-vingt. Il peut être utile également de savoir
que deux personnes ont visité ces dernières années Dâr Saddam,
Leslie Tramontini, chercheuse à l’Orient Institut / Beyrouth, et
Marie-Geneviève Guesdon, responsable des manuscrits arabes à la BNF/
Paris. Il y a également eu en 1999 ou 2000 une mission organisée par
l’UNESCO concernant la protection et la restauration des manuscrits -
je n’en sais pas plus.
7-
La bibliothèque centrale interuniversitaire (al-maktaba al-markaziyya) C’est
la bibliothèque centrale inter-universitaire de Bagdad, située à
Waziriyya, sachant que par ailleurs, à l’université de Bagdad comme
à l’université Mustansiriyya, chaque faculté et la plupart des départements
disciplinaires ont leur propre bibliothèque. J’ai
visité les bibliothèques des départements d’histoire et d’archéologie
de la faculté des lettres, ainsi que la bibliothèque de la faculté
d’ingéniérie et du département d’architecture de l’Université
de Bagdad, au début de l’année 2002. Outre des collections
d’imprimés et de périodiques, elles conservaient notamment les mémoires
de magistères et de doctorats des étudiants. D’après
les informations dont je dispose, la bibliothèque centrale
inter-universitaire a été pillée et saccagée. Je n’ai pas
d’information sur le destin des bibliothèques d’universités, de
facultés ou de départements, mais il y a, là encore, peu de place
pour beaucoup d’espoir.
8-
Bayt al-Hikma
Bayt al-Hikma a été fondé dans les années quatre-vingt par la
présidence irakienne pour être un centre de recherche en sciences
sociales, droit, sciences économiques et études stratégiques. Il
s’agit d’une institution très politique, situé sur les rives du
Tigre derrière l’ancien ministère de la défense, à Bab al-Muazzam.
Divisé en départements disciplinaires, son activité consistait, entre
autre, à organiser des conférences et symposiums, et à éditer des
revues et ouvrages de types académiques ou idéologiques, avec une
production où l’on pouvait trouver dans l’ensemble le meilleur
comme le pire. La
bibliothèque est très spécialisée, mais assez bien fournie, les
moyens alloués à l’institution
étant très conséquents. Je n’y suis passé que deux fois
lors de mon séjour en 2002, le personnel semblait être assez compétent.
L’information
dont je dispose signale qu’à l’instar de la Bibliothèque nationale
et de celle des Awqaf, situées dans le même quartier, Bayt al-hikma et
sa bibliothèque ont été complètement pillés et dévastés.
MOSSOUL Il
semble que cette ville ait connu les mêmes scènes de pillages et de
destruction des institutions culturelles qu’à Bagdad.
9-
Bibliothèque de l’université
Je ne dispose pas d’information sur cette bibliothèque. 10-
Bibliothèque du musée
Je ne dispose pas d’information sur cette bibliothèque. NB :
sur Mossoul, la personne à contacter est Dina Rizk Khoury, qui a
travaillé dans les archives et bibliothèques de cette ville dans les
années quatre-vingt. Il existe également à l’université, d’après
ce que je sais, un centre des études ottomanes et turques, mais je ne
l’ai pas visité et je n’ai pas d’information plus précise à ce
sujet. Andras
Riedlmayer (riedlmay@fas.harvard.edu)
a mentionné sur la liste de diffusion H-Turk, en date du 11/4/2003, un
signal d’alerte lancé par l’Association des archivistes turcs a
propos de destructions d’archives historiques à Mossoul et Kirkouk,
notamment celles relatives à la présence de minorités turkmènes en
Irak. Le sujet est sensible et, vu les intérêts de la Turquie dans
cette affaire, l’information demande à être confirmée.
BASRA Je
n’ai personnellement visité aucune bibliothèque, centre de
documentation ou dépôt d’archives à Basra. Les informations que je
livre ici sont donc très lacunaires. Cependant, les institutions
culturelles de la ville ont beaucoup souffert, tout d’abord de sa
proximité du front lors de la guerre avec l’Iran ; ensuite des
destructions entraînées par la guerre du Koweit ; enfin, de la répression
féroce qui s’est abattue sur la ville comme sur les autres zones
insurgées lors du soulèvement de 1991. La ville a également connu des
destructions importantes et des pillages lors de la guerre de 2003. 11-
Bibliothèque de l’université Je
ne dispose pas d’information sur cette bibliothèque. 12- Bibliothèque du
Centre des études du Golfe Arabe (Markaz dirasat al-khalij al-‘arabi) Centre
de recherche très actif jusque dans les années quatre-vingt, avec
notamment des publications académiques de grande qualité. Il semble
qu’il ait stoppé ses activités ou ait fonctionné au ralenti à
partir de la fin des années quatre-vingt. 13-
Archives du Palais de justice (al-mahkama al-char‘i) C’est là que sont conservés
les documents ottomans concernant la ville de Basra. Je n’ai pas
d’information sur ce dépôt d’archives autre que celles données
par Mustafa Kazim Al-Mudâmagha, Nusûs min al-wathâ’iq al-‘uthmâniyya
‘an târîkh al-Basra fî sijillât al-mahkama al-char‘iyya fî
al-Basra (1188-1330 h.), Basra, 1982. 14-
Bibliothèque Bash Ayyân
Bibliothèque
privée appartenant à l’une des plus grandes familles chiites de la
ville. Je n’ai pas idée de son contenu, mais l’information dont je
dispose tend à accréditer l’idée qu’elle aurait beaucoup souffert
des événements de 1991, et qu’elle aurait notamment été pillée et
saccagée par les forces gouvernementales lors de la répression du soulèvement
du printemps. NAJAF 15-
Bibliothèque de l’imam Ali Bibliothèque
privée rattachée au sanctuaire de l’Imam Ali à Najaf. Elle était
extrêmement riche et comptait un très grand nombre d’ouvrages précieux
et de manuscrits anciens et rares. Elle a été complètement dévastée
et pillée par les troupes gouvernementales lors de la répression de
l’insurrection de 1991. Le destin de ses collections est inconnu. Le
bibliothécaire qui en avait la charge est décédé en 1997. Un
catalogue en 3 vol. des manuscrits autrefois conservés à Najaf et
Kerbala a été publié à Beyrouth, mais je n’ai pas les coordonnées
exactes.
Liste
de contacts : Dina
Rizk-Khoury (Georges Washington University) : dikhy@gwu.edu Hala
Fattah (Amman) : hmf@index.com.jo Thomas
Lier : giprog@internetalex.com Zayn
Al-Naqshabandi (Markaz ihya al-turath al-‘arabi - Bagdad) : 773
16 06 Emad
Abd Al-Salam Raouf (Université de Bagdad) Oussama
Nasser Al-Naqshabandi (Bibliothèque des manuscrits) : 884 01 15 Abd Allah Al-Jabburi (Université Mustansiriyya - Bagdad) : 555 04 76 Salim
al-Alusi : 541 87 36 Mrs
Juwan ???? (Académie des sciences - Bagdad) : 422 17 23 / 20 66 Robert
Belley (couvent des pères
carmes - Bagdad) : 537 03 13 Boutros
Haddad (Bagdad) : ? Père
Najib ???? (couvent des pères dominicains) : ? Leslie
Tramontini (OIB Beyrouth) : tramont@oidmg.org Marie-Geneviève
Guesdon (BNF - section des manuscrits arabes) : 01 53 79 89 01 ---------- Date : Thu, 17 Apr 2003
12:07:59 +0200
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Edouard Méténier is happy to have your comments, amendments, corrections and additions published with this document: Please send your message to him <edouard.metenier-at-laposte.net> or to Werner Schwartz <orient@sub.uni-goettingen.de>. -back-
16.08.2004 |