APERCU SUR L’ETAT
DES BIBLIOTHEQUES ET DEPOTS D’ARCHIVES IRAKIENS
AU TERME DE LA GUERRE D’AVRIL 2003
par Edouard Méténier*

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Read a recent paper by the author, presented at the 
Melcom International, 25th International Conference, 
26th–28th May 2003. It is in English language.

This text has been written on April 24, 2003, as an answer to a query addressed to me and my colleague Vanessa Van Renterghem by Alastair Northedge, currently professor of Islamic archeology at l'Université de la Sorbonne / Paris I. He had been part of the UNESCO meeting held on April 17 in Paris, whose object was to discuss the damages caused to the Iraqi Cultural Heritage in the aftermath of the Anglo-American military occupation of this country. Pr. Northedge adressed to us saying that most of the participants were archeologists, and that the situation of libraries and archives had been evoked, but nobody was able to provide any sure or valuable information. His colleague Pr. Françoise Michaud then told him that my colleague Vanessa and I have been working in Iraq for some time in precisely the libraries and archives centers which had been destroyed along with the museum. 

I thus wrote what should be considered more as a testimony based on my personal experience than as a formal and comprehensive report. As a PhD candidate studying Bagdad social and intellectual history during the late Ottoman time, I have been in Iraq twice, the second time was between November 2001 and May 2002, a period during which I worked extensively in the libraries I am talking about. My colleague Vanessa was in Bagdad last January for a two weeks stay, and passed by most of those places also. The very nature of my account is the reason why it should be completed by other sources of information: On Iraqcrisis web site [https://listhost.uchicago.edu/mailman/listinfo/iraqcrisis], you will find the IFLA report on "Assessment of damage to Libraries and Archives in Iraq", the "Bibliography documenting the content of Iraqi museums and libraries", edited by the Oriental Institute at Chicago University, and my last post which offers some comments and addenda to this bibliography [1]. I have also asked my connections to provide us with informations related to the provincial libraries, and especially the private and semi-private libraries of the shi'i holy cities, without much results until now. I only draw your attention on the fact that a post to iraqcrisis by Karim Boughida, today, tells us about the return of the "first UNESCO mission to Bagdad". In this mail, written in a very "langue de bois" style, it is nowhere said that such a mission will result in a report, or the divulgation of more information about the present state of libraries, archives and other documentation or academic centers in Iraq. Let's hope anyway.

E.M. (20 May 2003)

Avec stupeur, le monde entier vient d’être confronté à une catastrophe culturelle d’une ampleur depuis longtemps inégalée : la destruction irrémédiable d’une partie substantielle du patrimoine culturel irakien. La question du pillage des musées irakiens, du vol ou de la destruction de leurs collections, a fait l’objet d’une réunion spécifique à l’UNESCO le jeudi 17 avril, à laquelle de nombreux archéologues spécialistes de l’antique Mésopotamie ou de l’Irak islamique ont participé. Si les circonstances exactes dans lesquelles se sont produits les événements restent peu claires, le bilan des pertes peut-être dressé avec une précision toute relative, mais tout de même assez grande. Le travail d’évaluation, de recherche et, le cas échéant, de recouvrement, en sera d’autant facilité.

Par contre, les dommages qui ont affecté les bibliothèques irakiennes sont mal connus, bien que les pertes soient tout aussi irrémédiables et leur valeur tout autant inestimable. On peut dire ici que c’est toute une partie, très importante, de la mémoire d’un peuple, d’un état, d’une société, qui a été volée. Ce qui suit est une tentative d’évaluation, faite en fonction d’informations dont je dispose au moment présent, principalement du fait d’une expérience de six mois (novembre 2002-avril 2003) de recherches effectuées dans les bibliothèques irakiennes, à Bagdad principalement. Des conversations avec des amis irakiens m’ont également beaucoup aidé. Je donnerai enfin une liste de contacts avec les noms de personnes susceptibles de fournir d’autres informations, ou de compléter celles dont je dispose.  

Il y a en Irak trois types de bibliothèques : les bibliothèques publiques (universitaires, académiques ou ministérielles), semi-privées (de fondations religieuses notamment, comme la bibliothèque de la Qadiriyya ou la bibliothèque de l’imam Ali à Najaf) et les bibliothèques entièrement privées (familiales). 

Il y a ensuite les bibliothèques qui ne contiennent que des imprimés (à l’instar de la Bibliothèque nationale, bibliothèque du musée, etc.), les bibliothèques dont le fonds est exclusivement constitué de manuscrits (Bibliothèque Saddam des manuscrits), les bibliothèques mixtes (Bibliothèque des awqaf, Qadiriyya, etc.), ce à quoi il faut ajouter les dépôts d’archives, dont je traiterai à part.  

La richesse des bibliothèques irakiennes est double. Tout d’abord, il y a en Irak un nombre tout à fait extraordinaire (au moins plus d’une centaine de milliers) de manuscrits anciens, en langue arabe principalement, mais également en persan, turc, assyrien, chaldéen, mandéen, hébreux, etc... Ensuite, du fait que la production éditoriale irakienne n’a, depuis l’origine, que très peu été exporté en dehors des frontières du pays, on y trouve des ouvrages qu’il est extrêmement difficile, et dans certains cas impossible, de trouver ailleurs.  

Enfin, il faut dire que, jusqu’au début des années mille neuf cent quatre-vingt-dix, le patrimoine culturel irakien, tout au moins en ce qui concerne les archives, les imprimés et les manuscrits, a non seulement été relativement bien protégé par les différents régimes qui ont successivement détenu le contrôle du pouvoir, mais qu’encore, et notamment à la faveur de la croissance permise par le boom pétrolier dans les années soixante et soixante-dix, ce patrimoine a été mis en valeur avec un certain degré de réussite  (à travers des institutions comme l’Académie irakienne des sciences, la Bibliothèque Saddam des manuscrits ou Bayt al-Hikma, ou encore de périodiques comme Al-Mawrid, Al-Turath al-chaabi, la Revue de l’Académie des sciences, Sumer, etc…). 

La situation a commencé à se dégrader avec la guerre du Koweit, en 1991. L’invasion du Koweit par les troupes irakiennes à donner lieu à un pillage des institutions culturelles koweitiennes. La guerre elle-même, la révolte des provinces irakiennes qui lui a fait suite et qui a été écrasée dans un bain de sang, ainsi que l’embargo imposé au pays depuis août 1990 ont eu des effets extrêmement destructeurs. Les combats, la confusion sociale et la répression qui ont marqué le premier semestre de l’année 1991 ont donné lieu à une première vague de saccages, pillages, vols et destructions qui ont affecté principalement le Nord (Kirkouk, Irbil, Soulaymaniyyeh, Dohouk) et le Sud du pays (Basra - qui avait déjà très fortement souffert de sa proximité du front lors de la guerre contre l’Iran -, Nasiriyya, Hilla, Najaf et Kerbala). Du fait de l’aggravation dramatique des conditions matérielles de vie et de la corruption que cet état de fait a engendrée dans un pays où celle-ci était auparavant extrêmement réduite, les douze ans d’embargo qui ont suivi ont vu se développer, parallèlement au trafics d’antiquités, des trafics de livres rares et de manuscrits anciens, le plus souvent exportés hors du pays. A côté de la demande internationale « normale »  pour ce type d’objets (à destination de l’Amérique du Nord, de l’Europe ou des pays arabes), la présence à Bagdad, dans le cadre des différents programmes des Nations-Unies ou des représentations diplomatiques étrangères, d’une communauté relativement importante d’étrangers disposant de revenus disproportionnés qu’ils n’avaient aucune occasion de dépenser au niveau local, a pu dans certains cas provoquer ou amplifier ces trafics. Ceux-ci se tenaient dans certaines arrières boutiques du souq des livres (rue Moutannabi / souq al-Serail). C’est aussi ainsi que des réseaux organisés impliquant la complicité active de personnages influents du régime et d’employés de bibliothèques ont pu se constituer et se structurer - qui ont pu jouer un rôle dans les événements d’avril 2003.

En 1991, dans le cadre de la politique de répression des régions majoritairement chiites du Sud du pays, qui s’étaient révoltées contre le régime, des bibliothèques d’institutions religieuses, à Najaf et Basra notamment, ont été sinon saccagées et détruites, du moins pillées et confisquées par les autorités gouvernementales au cours des opérations de reprise de contrôle. La destinée des ouvrages qu’elles contenaient est peu claire. Il est possible que le bureau de la présidence les ait versés dans les fonds de la Bibliothèque nationale e, pour les manuscrits à la Bibliothèque Saddam des manuscrits. Par la suite, dans les années quatre-vingt-dix, cette même bibliothèque des manuscrits, sous la responsabilité de son directeur Oussama Nasser al-Naqshabandi, s’est attribuée par confiscation les manuscrits d’un certain nombre de bibliothèques privées, sans que le destin de ces manuscrits soit toujours clair - je reviendrai sur la situation de Dâr Saddam.

Pour ce qui est des dépôts d’archives, ils sont de plusieurs sortes. Je dois avouer que je ne connais pas exactement la situation dans ce domaine, ni même quel est le degré d’efficicacité de la législation spécifique régulant le dépôt et la conservation des archives. Cependant, il existait : 

1/ des centres d’archives que je qualifierais d’historiques, regroupant les archives concernant l’histoire du pays depuis l’époque ottomane jusqu’à la révolution de 1968. Pour la période ottomane, que je connais tout particulièrement, le type d’archives conservées en Irak est comparable à ce qui existe dans d’autres pays. Tout d’abord, les recueils d’actes des tribunaux (sijillat mahakim), puis les muhimme defterleri (awamir sultaniyyeh : copies des ordonnances impériales), et waqfiyyat (actes notariés de fondations en main-morte, la plupart du temps au bénéfice d’établissements religieux). Pour les deux premiers types de documents, ils étaient conservés régionalement, à Baghdad (Dar al-Wathaiq), Mosoul (au musée ?) et Basra (tribunal char‘i + copie au Centre des études sur le Golfe arabe). On a également parlé, pour Bagdad, de registres du cadastre ottoman.  

2/ Chaque institution ou administration, gouvernementale, ministérielle, ou du parti, quel que soit son niveau, produisait et conservait de l’archive. Il ne semble pas qu’il y ait eu avant avril 2003 de destruction systématique ou même sporadique, de manière intentionnelle, d’archives de ce type. En 1991, les troupes américaines et la rébellion kurde ont ainsi pu saisir dans les gouvernorats du nord de l’Irak une masse très importante de documents, dont j’ai cru comprendre qu’ils étaient désormais conservés aux Etats-Unis (à l’université de Harvard).  

Outre les problèmes structurels ou circonstanciels déjà évoqués qui ont affecté l’état des bibliothèques et centres de documentation ou d’archives irakiens au cours des dernières années, il convient de signaler également le manque général de formation des personnels en bibliothéco-économie et, à quelques exceptions près, l’état déplorable de conservation, de catalogage et d’indexation des ouvrages. C’est un gros problème dans la perspective d’une évaluation des pertes. 

Par contre, il convient de rechercher de manière active si des ouvrages, et principalement des collections de périodiques, des manuscrits ou des archives, n’ont pas fait l’objet de copies sous quelque forme que ce soit : photocopies papier, photo-reproduction, microfilms, CD numériques, etc. A cet égard, l’ensemble des bibliothèques et centres de documentation situés en dehors de l’Irak et susceptibles d’abriter une telle documentation devrait être mobilisé - je pense en premier lieu à l’Institut des manuscrits arabes de l’ALECSO, au Caire, mais également à la possibilité de mobiliser les bibliothécaires spécialisés sur le Moyen-Orient participant à la réunion du MELCOM à Beyrouth, fin mai 2003.    

Il convient également d’esquisser les lignes d’une réaction face à ce qui s’est passé. Celle-ci peut prendre plusieurs formes qui ne sont pas contradictoires.

1-            Faire un survey général qui permette d’esquisser un bilan des pertes et de ce qui reste. Cela doit se faire en étroite coopération avec les autorités académiques et scientifiques, voire religieuses pour certaines bibliothèques, irakiennes.

2-            Exiger la mise en route d’une commission d’enquête internationale chargée de faire toute la lumière sur les circonstances exactes dans lesquelles de tels événements ont pu se produire et de déterminer les responsabilités engagées.

3-            Surveiller, par la mise en place de réseaux informels et bénévoles en plusieurs endroits sensibles, le marché des livres anciens, d’occasion et des manuscrits, de manière à tenter de repérer des trafics d’ouvrages pillés dans les bibliothèques irakiennes. Penser éventuellement à faire appel à des crédits publics internationaux et à du mécénat privé afin de créer un fond destiné à racheter d’éventuels trésors volés en Irak.   

4-            Organiser la reconstruction des bibliothèques irakiennes sur le modèle de la bibliothèque de Sarajevo.

Différentes agences de l’ONU, et tout particulièrement l’UNESCO et l’UNDP, devraient être mobilisées dans cette perspective, et toute initiatives ou projet émanant de personnes privées ou d’association devraient être rendues publiques et coordonnées entre elles ainsi qu’avec l’action des institutions internationales (ce qui ne veut pas dire forcément un alignement sur la politique défini par l’Office américain pour la reconstruction).             

Il convient désormais de donner ici une liste des principales bibliothèques et centres de dépôt d’archives, en indiquant pour chacun d’eux toute l’information disponible sur leur état présent :

BAGDAD :

1-      La bibliothèque et les archives nationales (Dar al-kutub wa al-watha’iq) :

Bibliothèque centrale à Bagdad, qui a vocation à recevoir les dépôts légaux.

Je ne connais pas sa date de fondation. Elle comporte trois sections : les ouvrages imprimés, les périodiques, les archives nationales - de celles-ci, je me suis surtout intéressé aux recueils des tribunaux ottomans (sijillat mahakim) qui étaient dans un très triste état. Mais je n’ai pas été très loin, car je ne pouvais pas les utiliser comme une source importante pour ma recherche. Bibliothèque publique, ouverte à tout public sous réserve de la présentation d’une pièce d’identité. Elle était fréquenté par un nombre relativement important de lecteurs (entre 50 et 100 par jours). Je ne saurais estimer le nombre d’ouvrages qu’elle contenait. Visitée en mars et novembre 2001. Les fichiers et l’indexation étaient dans un état déplorable. Certains ouvrages anciens n’étaient pas répertoriés (n’ayant jamais fait partie des collections ?), ou avaient disparu des rayonnages. Mais le personnel était très serviable et il était possible de faire des photocopies des ouvrages que l’on avait réussi à obtenir. J’y ai été introduit par Mr. Salim Abed Al-Alusi, qui en a été le directeur général pendant plus de trente ans et a joué un rôle essentiel dans l’organisation des archives irakiennes. A l’époque, il venait de quitter ses fonctions mais était encore très actif. Ce n’est qu’après le décès de son fils, en octobre 2002, qu’il a commencé à se désengager. C’est un très vieux monsieur, très dynamique lorsque je l’ai connu, mais désormais très malade. Je ne sais même pas s’il est encore en vie. A l’époque où j’étais à Bagdad, il n’avait pas été remplacé officiellement et son successeur intérimaire (bi-l-wikala) était Mr. Kâmil Jawwâd ‘Achûr. Thomas Lier, historien allemand, a passé quinze jours dans les archives ottomanes en 1998.

D’après les informations dont je dispose, cette bibliothèque a été entièrement pillée et brûlée le 14 avril 2003. Je ne sais pas cependant si une partie des collections n’avait pas été mise à l’abri avant la guerre - il semble que ce fut le cas, et de l’information circule sur un dépôt d’ouvrages dans la mosquée al-haqq (dont je ne connais pas la localisation à Bagdad). Une information sûre que je tiens de Bagdad signale que les troupes américaines occupaient le quartier - al-Midân / Bâb al-Mu’azzam (sans doute étaient-elles positionnées sur le lieu de l’ancien ministère de la défense, située juste en face de l’entrée principale de la bibliothèque, de l’autre côté de la rue) - et avaient décrété la veille au soir le couvre-feu pour la nuit. Le lendemain matin, lorsque celui-ci a pris fin, les habitants du quartier sont sortis de leurs maisons pour trouver la bibliothèque en feu…   

2-      La bibliothèque des Awqaf

Sur l’histoire de la bibliothèque, voir le livre de Abd Allah Al-Jabbouri, qui en a été le directeur à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix : Maktabat al-awqâf al-‘amma, târîkhuhâ wa nawâdir makhtûtâtihâ, Bagdad, 1969.

Situé à moins de cinq cent mètres de la Bibliothèque nationale (n° 1), la Bibliothèque des Awqaf comporte deux sections : les imprimés et les manuscrits. Elle rassemble entre autre tous les manuscrits autrefois conservés dans les mosquées bagdadiennes ainsi que des ouvrages religieux ou concernant les sciences religieuses. J’y ai travaillé pendant un mois et demi à partir de février 2002. Il m’a fallu auparavant obtenir l’autorisation du ministre lui-même, grâce à la recommandation que m’avait écrite mon tuteur académique irakien. Le personnel était très incompétent - ou démotivé - et facilement corruptible; le soin apporté à des collections pourtant inestimables était absolument lamentable. Je n’ai personnellement pas travaillé à la section des imprimés, et je me suis concentré sur les manuscrits - je n’ai aucune idée du destin de ceux-ci, ni moyen de savoir s’ils ont pu être mis à l’abri avant la guerre. Je ne sais même pas s’il existe des copies sur microfilms de tout ou partie des collections. Je possède cependant le catalogue complet des manuscrits de cette bibliothèque, en quatre volumes, édité à Bagdad par Abd Allah al-Jabbouri en 1974, et qui en répertorie environ 7500. La section des manuscrits était fréquentée quotidiennement par environ 5-10 chercheurs irakiens ou arabes.

La bibliothèque des Awqâf a été pillée et brûlée le même jour que la bibliothèque nationale, dans les même circonstances.

3-      La bibliothèque de la Qadiriyya

Bibliothèque semi-privée, rattaché au complexe de la fondation d’Abd al-Qadir al-Kilani, à Bab al-chaykh. Elle a été entièrement restaurée et restructurée en 2001-2002 par le bureau de la présidence irakienne. Elle comporte une très importante section de manuscrits, plus de 1400 selon le catalogue établi par Emad Abd al-Salam Raouf en cinq volumes, Bagdad, 1974-1980.

Il semble que cette bibliothèque n’ait subit aucun dommage.

4-      La bibliothèque de l’Académie irakienne des sciences

Fondée à la fin des années quarante, l’Académie irakienne des sciences est établie dans le quartier de Waziriyya et comporte une bibliothèque divisée en quatre sections : les imprimés arabes, les imprimés étrangers, les périodiques et les manuscrits. En dépit du dynamisme de sa directrice, Mme Juwan, le fonctionnement de la bibliothèque souffre énormément du manque total de formation du personnel en bibliothéco-économie. Le fond bibliothécaire peut-être assez riche, mais il est très mal indexé, et surtout les acquisitions se font de manière très aléatoire. La section des manuscrits, qui a le plus retenu mon attention, est pour l’essentiel composée de photo-reproductions, depuis que les originaux ont été reversés à la Bibliothèque Saddam des manuscrits (n° 6) dans le courant des années quatre-vingt-dix. Le catalogue de ces manuscrits, établi par Mikhail Awwad au début des années quatre-vingt, en dénombre 688. La bibliothèque ne compte plus qu’une centaine de manuscrits originaux très bien conservés, dont une liste manuscrite existe sur place. Il est très facile pour les étudiants et chercheurs de travailler dans cette bibliothèque, et le service de photocopie est relativement efficace. Une cinquantaine de chercheurs y travaille chaque jour. L’Académie des sciences a également un département de publications, avec un catalogue tout à fait intéressant.

J’ai à l’heure actuelle peu d’informations sur l’état de l’institution et de sa bibliothèque après la guerre. Les contacts essentiels ici sont Ahmad Matloub, secrétaire générale de l’Académie, et Mme Juwân ???, directrice de la bibliothèque. 

5-      La bibliothèque du musée

C’est la bibliothèque attachée à l’Organisation générale des Antiquités et des Musées, située au même emplacement que le musée national irakien. C’est une bibliothèque très ancienne, dont la fondation remonte aux années trente, et qui compte dans ses collections des ouvrages extrêmement rares. Ce sont uniquement des imprimés depuis que la section des manuscrits a été autonomisée au début des années quatre-vingt-dix pour constituer la Bibliothèque Saddam des manuscrits (n° 6). Il paraît cependant que le muse aurait gardé sous sa garde directe environ 4000 manuscrits. L’accès à cette bibliothèque était relativement libre, l’indexation correcte, et dix à quinze chercheurs la fréquentaient chaque jour.

Je n’ai aucune information sur l’état présent de cette bibliothèque, mais la mise à sac du musée qui lui était attenant ne laisse guère de place à beaucoup d’espoir. Je ne connais pas le nom du responsable de la bibliothèque, mais un bon contact est le Dr Doni George, directeur de la recherche et des études à l’Organisation générale des Antiquités et des Musées. [2]

6-      La bibliothèque Saddam des Manuscrits (Dar Saddam li-l-makhtoutat)

Cette bibliothèque spécialisée dans les manuscrits est de création récente, début des années quatre-vingt-dix, et elle a son origine dans l’autonomisation de la section des manuscrits de la Bibliothèque du musée. Par la suite, ses collections se sont enrichies par le recueil des manuscrits de différentes bibliothèques publiques (celle de l’Académie (n° 4), de l’Université de Bagdad, etc…), mais aussi par confiscation manu-militari, et dans des circonstances peu claires, de manuscrits conservés dans des bibliothèques privées ou semi-privées. Officiellement, cette bibliothèque compte 40000 manuscrits, mais ses responsables me parlait à l’époque de mon séjour de 70 000 manuscrits, et il n’est en aucune manière possible de donner un chiffre exact. Car, outre le fait d’être hébergé dans des locaux prestigieux mais complètement inadaptés à la fonction, le principal problème de cette institution résidait dans le manque de transparence de son fonctionnement.

Toute entière placée entre les mains de M. Oussama Nasser Al-Naqshabandi - personnalité réputée à l’étranger, mais beaucoup plus controversée en Irak même - qui la gérait de manière assez peu transparente, la bibliothèque jouissait des attentions particulières du bureau de la présidence, qui était à l’origine de sa création. Ce qui fait qu’elle disposait de crédits très importants, qui ont été investit prioritairement dans la restauration et la reproduction, sur microfilms et CD numériques, des manuscrits. Il existe de cette manière des duplicata pour une grande partie d’entre eux, dont on pourrait peut-être trouver trace à l’Institut des manuscrits arabes du Caire. Mais, par contre, il n’y a aucun système satisfaisant d’indexation et de catalogage. Excepté le directeur et, peut-être, quelques autres employés, personne n’est donc en mesure de savoir exactement ce que contiennent les collections de cette bibliothèque - alors même que des ouvrages importants semblent avoir disparus pendant les opérations de transfert des manuscrits de leur bibliothèque d’origine à Dar Saddam.

Le personnel de la bibliothèque est relativement bien formé et compétent. Une dizaine de lecteurs fréquentent la bibliothèque chaque jour.

Il semble que, dès le mois de janvier 2003, la bibliothèque ait été fermée au public et les manuscrits placés dans des abris spécifiques. Je n’ai pas entendu dire que les collections aient subi de dommages particuliers. Il faudrait contacter sur place Oussama Al-Naqshabandi et sa femme Zammia Al-Samarrai, qui dirige le département de la restauration des manuscrits - croiser l’information avec celle que peuvent fournir Zayn Al-Naqshabandi et Emad Abd al-Salam Raouf. Voir aussi Hala Fattah, historienne qui a travaillé sur ces manuscrits à la fin des années quatre-vingt. Il peut être utile également de savoir que deux personnes ont visité ces dernières années Dâr Saddam, Leslie Tramontini, chercheuse à l’Orient Institut / Beyrouth, et Marie-Geneviève Guesdon, responsable des manuscrits arabes à la BNF/ Paris. Il y a également eu en 1999 ou 2000 une mission organisée par l’UNESCO concernant la protection et la restauration des manuscrits -  je n’en sais pas plus.             

7- La bibliothèque centrale interuniversitaire (al-maktaba al-markaziyya)

C’est la bibliothèque centrale inter-universitaire de Bagdad, située à Waziriyya, sachant que par ailleurs, à l’université de Bagdad comme à l’université Mustansiriyya, chaque faculté et la plupart des départements disciplinaires ont leur propre bibliothèque.

J’ai visité les bibliothèques des départements d’histoire et d’archéologie de la faculté des lettres, ainsi que la bibliothèque de la faculté d’ingéniérie et du département d’architecture de l’Université de Bagdad, au début de l’année 2002. Outre des collections d’imprimés et de périodiques, elles conservaient notamment les mémoires de magistères et de doctorats des étudiants.

D’après les informations dont je dispose, la bibliothèque centrale inter-universitaire a été pillée et saccagée. Je n’ai pas d’information sur le destin des bibliothèques d’universités, de facultés ou de départements, mais il y a, là encore, peu de place pour beaucoup d’espoir.      

8- Bayt al-Hikma

            Bayt al-Hikma a été fondé dans les années quatre-vingt par la présidence irakienne pour être un centre de recherche en sciences sociales, droit, sciences économiques et études stratégiques. Il s’agit d’une institution très politique, situé sur les rives du Tigre derrière l’ancien ministère de la défense, à Bab al-Muazzam. Divisé en départements disciplinaires, son activité consistait, entre autre, à organiser des conférences et symposiums, et à éditer des revues et ouvrages de types académiques ou idéologiques, avec une production où l’on pouvait trouver dans l’ensemble le meilleur comme le pire.  

La bibliothèque est très spécialisée, mais assez bien fournie, les moyens alloués à l’institution  étant très conséquents. Je n’y suis passé que deux fois lors de mon séjour en 2002, le personnel semblait être assez compétent. 

L’information dont je dispose signale qu’à l’instar de la Bibliothèque nationale et de celle des Awqaf, situées dans le même quartier, Bayt al-hikma et sa bibliothèque ont été complètement pillés et dévastés. 

MOSSOUL

Il semble que cette ville ait connu les mêmes scènes de pillages et de destruction des institutions culturelles qu’à Bagdad. 

9- Bibliothèque de l’université

       Je ne dispose pas d’information sur cette bibliothèque.

10- Bibliothèque du musée

            Je ne dispose pas d’information sur cette bibliothèque.

NB : sur Mossoul, la personne à contacter est Dina Rizk Khoury, qui a travaillé dans les archives et bibliothèques de cette ville dans les années quatre-vingt. Il existe également à l’université, d’après ce que je sais, un centre des études ottomanes et turques, mais je ne l’ai pas visité et je n’ai pas d’information plus précise à ce sujet.

Andras Riedlmayer (riedlmay@fas.harvard.edu) a mentionné sur la liste de diffusion H-Turk, en date du 11/4/2003, un signal d’alerte lancé par l’Association des archivistes turcs a propos de destructions d’archives historiques à Mossoul et Kirkouk, notamment celles relatives à la présence de minorités turkmènes en Irak. Le sujet est sensible et, vu les intérêts de la Turquie dans cette affaire, l’information demande à être confirmée.    

BASRA

Je n’ai personnellement visité aucune bibliothèque, centre de documentation ou dépôt d’archives à Basra. Les informations que je livre ici sont donc très lacunaires. Cependant, les institutions culturelles de la ville ont beaucoup souffert, tout d’abord de sa proximité du front lors de la guerre avec l’Iran ; ensuite des destructions entraînées par la guerre du Koweit ; enfin, de la répression féroce qui s’est abattue sur la ville comme sur les autres zones insurgées lors du soulèvement de 1991. La ville a également connu des destructions importantes et des pillages lors de la guerre de 2003.       

11- Bibliothèque de l’université

Je ne dispose pas d’information sur cette bibliothèque.

12- Bibliothèque du Centre des études du Golfe Arabe (Markaz dirasat al-khalij al-‘arabi)

            Centre de recherche très actif jusque dans les années quatre-vingt, avec notamment des publications académiques de grande qualité. Il semble qu’il ait stoppé ses activités ou ait fonctionné au ralenti à partir de la fin des années quatre-vingt.

13- Archives du Palais de justice (al-mahkama al-char‘i)

       C’est là que sont conservés les documents ottomans concernant la ville de Basra. Je n’ai pas d’information sur ce dépôt d’archives autre que celles données par Mustafa Kazim Al-Mudâmagha, Nusûs min al-wathâ’iq al-‘uthmâniyya ‘an târîkh al-Basra fî sijillât al-mahkama al-char‘iyya fî al-Basra (1188-1330 h.), Basra, 1982.

14- Bibliothèque Bash Ayyân

       Bibliothèque privée appartenant à l’une des plus grandes familles chiites de la ville. Je n’ai pas idée de son contenu, mais l’information dont je dispose tend à accréditer l’idée qu’elle aurait beaucoup souffert des événements de 1991, et qu’elle aurait notamment été pillée et saccagée par les forces gouvernementales lors de la répression du soulèvement du printemps.

NAJAF

15- Bibliothèque de l’imam Ali 

Bibliothèque privée rattachée au sanctuaire de l’Imam Ali à Najaf. Elle était extrêmement riche et comptait un très grand nombre d’ouvrages précieux et de manuscrits anciens et rares. Elle a été complètement dévastée et pillée par les troupes gouvernementales lors de la répression de l’insurrection de 1991. Le destin de ses collections est inconnu. Le bibliothécaire qui en avait la charge est décédé en 1997.

Un catalogue en 3 vol. des manuscrits autrefois conservés à Najaf et Kerbala a été publié à Beyrouth, mais je n’ai pas les coordonnées exactes.       

 

 

Liste de contacts :

Dina Rizk-Khoury (Georges Washington University) : dikhy@gwu.edu

Hala Fattah (Amman) : hmf@index.com.jo

Thomas Lier : giprog@internetalex.com

Zayn Al-Naqshabandi (Markaz ihya al-turath al-‘arabi - Bagdad) : 773 16 06

Emad Abd Al-Salam Raouf (Université de Bagdad)

Oussama Nasser Al-Naqshabandi (Bibliothèque des manuscrits) : 884 01 15

Abd Allah Al-Jabburi (Université Mustansiriyya - Bagdad) : 555 04 76

Salim al-Alusi : 541 87 36

Mrs Juwan ???? (Académie des sciences - Bagdad) : 422 17 23 / 20 66

Robert Belley (couvent des pères carmes - Bagdad) : 537 03 13

Boutros Haddad (Bagdad) : ?

Père Najib ???? (couvent des pères dominicains) : ?

Leslie Tramontini (OIB Beyrouth) : tramont@oidmg.org

Marie-Geneviève Guesdon (BNF - section des manuscrits arabes) : 01 53 79 89 01

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De : H-LEVANT Editor <schad@mail.h-net.msu.edu>

Date : Thu, 17 Apr 2003 12:07:59 +0200
Objet : Destruction of Iraq's Libraries [A. O'Shea]


From: Anne O'Shea <oshea@interchange.ubc.ca>

To the editor:

I am extremely saddened to hear of the destruction of Iraq's libraries
and museums. As a student of library science with a strong interest in
the Middle East, I recently undertook some research on the status of
Iraq's libraries.

It should be noted that at the end of the 1980s, Iraq's libraries were
well-funded and highly regarded. In addition to the ancient collections
of archival materials related to the history and governance of the
region over the past 3000 years, the country had a national library (the
Dar al-Kutub Wal-Watha'q), 90 academic libraries, 70 public libraries,
and close to 9000 school libraries. As in North America, the region was
beginning to develop inter-library lending networks and international
networks for information sharing and cooperative programs. (Robert
Wedgeworth, World Encyclopedia of Library and Information Services, 3rd
ed. Chicago: American Library Association, 1993.)

Yes, the Ba'ath government was known for suppressing academic freedom
and political debate, but this position did not seem to involve the
destruction of written records and so much of the historic record and
governmental documentation was preserved. However, the system has been
seriously eroded by the bombing campaigns of the 1991 Gulf War, the
international sanctions which have prevented the import of essential
materials for preservation and cataloguing, and the imposed isolation of
Iraqi academics, including librarians, from international scholarly
communities.

The most recent destruction was completely preventable. As soon as
rumblings of a new war began, the International Committee of the Blue
Shield began warning all participants of the need to take measures to
prevent the destruction of libraries, archives, and museums as outlined
in the Hague Convention for the Protection of Cultural Property in the
Event of Armed Conflict. Looting is a predicable behaviour of scared and
angry people in a desperate situation. The fact that American soldiers
stood by and did nothing after repeated warnings of this threat is a
sickening testament to the hypocrisy of this war. How can any country be
expected to rebuild in the absence of its own historical record? How can
any country that trumpets a commitment to freedom support the most
severe act of censorship - the destruction of the written word? Many of
the materials destroyed dated long before the reign of Saddam Hussein.
In fact, most of them pre-date the United States altogether.

It is imperative now that scholars concerned with the Middle East speak
out to support future protections for the country's (and the region's)
cultural property. A panel of Iraqi and international experts is
assembling at UNESCO headquarters tomorrow morning (April 17) to begin
an assessment of the destruction and to make urgent plans to protect
what remains. These scholars will need free passage into the country to
carry out their work and without outspoken international support; it is
unlikely that they will obtain it.

The following web sites contain information about recent looting and
destruction and current preservation initiatives:
http://www.ifla.org/announce.htm
http://www.unesco.org (click on link entitled UNESCO and IRAQ)

Regards,

Anne Catherine O'Shea
MLIS Candidate
University of British Columbia
oshea@interchange.ubc.ca
--
H-LEVANT Editor


L'auteur:

Edouard Méténier
Institut Français du Proche Orient
Section des Etudes Médiévales, Modernes et Arabes
344 Damas - REPUBLIQUE ARABE SYRIENNE
Tél.: [963-11] 333 02 14
Fax.: [963-11] 332 78 87
e.mail:
edouard.metenier-at-laposte.net

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Amendments and additions

Edouard Méténier is happy to have your comments, amendments, corrections and additions published with this document: Please send your message to him <edouard.metenier-at-laposte.net> or to Werner Schwartz <orient@sub.uni-goettingen.de>.

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[1] Because Edouard Méténier's comments refer to the bibliography by numbered item, Charles E. Jones has archived an earlier version of the Bibliography for easier reference: 
That version is at: http://www-oi.uchicago.edu/OI/IRAQ/Bibliography11.htm and the commentary is at: https://listhost.uchicago.edu/pipermail/iraqcrisis/2003-May/000081.html.

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[2] McGuire Gibson asks that the following information on the Iraq Museum Library be passed along: 
"...The Museum Library is intact. The staff of the DG packed the most important books and put them in the underground bunker along with the almost 40,000 manuscripts from the Saddam Library. The remainder of the Museum library was put on the compressible shelving that is in the library and the shelves were compressed, making them difficult to get to. The library is badly in need of updating, since almost no journals and very few publications of other kinds could be bought or exchanged during the Embargo..."

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16.08.2004